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Préparation physique

Le tir aux armes anciennes est souvent assimilé à un loisir plutôt qu'à un sport. Il est vrai que selon la pratique que l'on en fait, le côté "sportif" est souvent assez éloigné. Mais pas toujours...

 

Une activité "pépère" ?

 

L'image que l'on a ou que l'on obient rapidement en faisant un tour sur un stand, du tireur aux armes anciennes, s'oriente immédiatement vers celle d'une activité plutôt tranquille et pas bien fatigante. Après tout, manipuler une arme pour la charger via plusieurs étapes puis la lever en direction de la cible pour tirer au maximum 20 ou 30 coups dans une séance qui dure parfois plusieurs heures...c'est pas franchement sportif !

Là où la vision change c'est lorsqu'on commence à pratiquer. Déjà on s'aperçoit assez vite qu'il ne s'agit pas juste de lever l'arme pour la pointer vaguement vers la cible, mais qu'il faut viser et se débrouiller pour garder une ligne de tir concentrée sur le visuel noir. Et là le novice se rend compte que pour ne pas trembler en tenant un pistolet ou un revolver à bras franc (sans appui), sans s'appeler Musclor il va falloir penser à un peu d'entraînement au niveau bras et épaules.

Ensuite, rien ne va plus, car outre la tenue de l'arme c'est toute la position du corps qu'il faut assurer. Nombre de tireurs ont tendance à contrebalancer le poids de l'arme en inclinant le corps pour faire contrepoids...très mauvais, à la fois pour le dos mais aussi pour les résultats en cible !

Et au final, c'est la catastrophe car au bout de 10 ou 15 tirs le bras tremble, le poignet crie au secours et les lombaires commencent à crier.

Mais ça c'est se limiter au cas du tir au pistolet ou au revolver. Vient ensuite le cas du tir aux armes longues: couché ou debout...

 

Alors bien sûr il y a toujours toutes sortes d'astuces ou d'options que l'on peut prendre pour se simplifier la tâche. Dès lors que l'on ne cherche pas à tirer dans des conditions "règlementaires" mais juste pour s'amuser, les contraintes diminuent: tir à deux mains, voire avec l'arme posée, tir sur sac de sable ou sur chevalet, etc...

 

Il y a donc, selon l'état d'esprit dans lequel on se place, plusieurs niveaux de sportivité dans la pratique du tir aux armes anciennes.

 

Les difficultés liées aux positions de tir

 

Selon que l'on tire debout ou couché, avec un revolver ou un pistolet ou une arme longue, les positions "normales" (proches ou identiques aux positions règlementaires) imposent des contraintes qu'il faut savoir gérer.

 

 

  • Le tir à bras franc (pistolet, revolver)

Le tireur doit ici pouvoir tenir son arme de poing d'une seule main, bras tendu pour réaliser son tir. Les contraintes sont alors maximales au niveau du poignet, du bras, de l'épaule. Des contraintes complémentaires s'imposent au niveau du reste du corps afin de garder une position équilibrée et stable.

Une arme de poing à poudre noire pèse souvent entre 1kg et 2kg. Il faut donc être capable de maintenir ce poids à bout de bras durant la séquence de tir, qui dure en général une dizaine de secondes. Rapidement, des tremblements parasites apparaissent au niveau du poignet mais aussi de l'avant bras: l'arme sautille de haut en bas et se déplace par saccades en roulis via le poignet. L'exercice de tenue d'un poids équivalent durant 10s sans trembler est assez facile de prime abord. C'est la répétition (minimum 13 fois + les tirs à vide lors d'un match) combinée à la durée (moins de 30mn en compétition pour toute la série) qui rend ce dernier éprouvant.

Le reste du corps doit être en "gainage" c'est à dire avec une tonicité musculaire suffisante pour rester bien droit, sans être affecté par le poids de l'arme au bout du bras. En général on tire de profil, se sont donc les jambes, les abdominaux et les extenseurs latéraux du haut du corps qui travaillent. Attention toutefois, le gainage évoqué ici est modéré, il ne s'agit surtout pas d'être crispé (ce qui induit des tremblements), juste tonique.

 

  • Le tir couché (armes longues)

Plus reposante en apparence, la position du tir couché ne l'est pas vraiment. Beaucoup de travail est nécessaire pour peaufiner une position qui doit au final permettre de minimiser les efforts. Reste que les bras sont assez fortement sollicités lors de la prise de position (répétée 13 fois minimum lors d'une série en compétition), ainsi que le dos qui doit rester légèrement gainé lors de la séquence de tir.

Comme le chargement des armes anciennes impose de quitter la position de tir, la prise de position (s'agenouiller, descendre sur ses bras, remonter le buste, caler ses coudes,...) est à répéter à chaque tir. D'un point de vue effort c'est presqu'une pompe que l'on réalise alors. Si le tir s'effectue sur une table sur laquelle on s'alonge, il faut ajouter l'effort pour monter sur celle-ci. Là encore, la répétion (13 fois) et la cadence (30mn) amplifient la fatigue.

 

  • Le tir debout (armes longues)

Certaines disciplines de tir aux armes anciennes demandent à tenir l'arme en étant debout. Contrairement au cas des pistolets et revolvers, le bras qui tient l'arrière de l'arme n'est pas tendu et l'autre bras aide à soutenir l'arme, mais en contrepartie le poids de celle-ci dépasse en générale les 4 kg.

C'est certainement la position qui sollicite le plus le corps dans son intégralité car le gainage est très important. Les muscles du dos, mais aussi les abdominaux sont fortement sollicités pour maintenir la position de façon stable.

 

 

La respiration et le souffle

 

Outre les sollicitations physiques des muscles, la respiration et le souffle interviennent de façon primordiale.

La respiration doit permettre d'oxygéner le corps, favorisant ainsi l'élimination des toxines dans les muscles et évitant ainsi les débuts de tétanie et les tremblements associés. Elle agit également directement sur la vue: mal oxygénés le cerveau et les yeux rendent la vue brouillée et la "mise au point" inégale (flou, effets d'optique), ce qui rend la visée imprécise. Par ailleurs, la respiration permet de calmer le rythme cardiaque, ce qui améliore la stabilité lors du tir.

Le souffle doit autoriser le tireur a effectuer la fin de sa séquence de tir en apnée, afin d'éviter toute perturbation de la visée par les mouvements du haut du corps lors de la respiration. Cette apnée peut durer de 3 ou 4 secondes à plus de 8s dans certains cas. Le tireur doit apprendre où sont les limites: à partir de quand le manque d'air se fait sentir et risque d'influencer le tir.

 

S'entraîner

 

Vous l'aurez compris, si vous souhaitez progresser en tir aux armes anciennes, il faut envisager une certaine préparation physique, adaptée aux exigences de cette activité. Non seulement cette préparation améliore les résultats mais également le confort et donc le plaisir pris dans la pratique du tir.

 

  • Musculation ? Non ! Renforcement ? Oui !

 

Il serait absurde et contre-productif de se lancer dans un programme de musculation en vue de se préparer au tir. Contrairement aux idées reçues, plus les muscles sont gros (volumineux), moins le corps est efficace dans une activité sportive. Le volume musculaire n'est jamais recherché en soi par les sportifs, il n'est qu'une conséquence de leur préparation et dans l'idéal, tout sportif aimerait concentrer ses muscles en gardant la même capacité d'effort tout en diminuant leur volume et leur masse. De gros muscles sont plus difficile à bien oxygéner (pour le coeur, les poumons), stockent plus facilement l'acide lactique (crampes), pèsent lourd (imposent des efforts au reste du corps), etc....

Pour le tir, on cherche la stabilité, l'équilibre. Il faut donc renforcer les muscles pour leur permettre de tenir le corps sans souffrir ni générer de tensions. La plupart des exercices dit de "fond" ou de "demi-fond" sont bons. Il conviendra de les compléter par quelques exercices spécifiques dédiés aux muscles particulièrement sollicités.

 

  • Exercices génériques

La natation, la course à pied, le vélo, la marche rapide, ...autant d'activités physiques qui contribuent au renforcement musculaire sans développement excessif de la masse des muscles. La natation, en complément du tir, apporte un plus indéniable en termes d'élimination des douleurs dorsales.

Quelques exercices de plus courte durée sont à envisager: pompes (petites séries de 15-20), abdominaux (petites séries de 10-15), gainage (travailler sur la durée: minimum 45s, pour le dos et sur les côtés).

La gymnastique modérée (oubliez les anneaux, la barre fixe et les saltos...) apporte de bons exercices également.

Les programmes de type "cardio" (gym dynamique) sont à envisager au cas par cas selon la conditions physique de chacun, mais ils ont le mérite d'associer le travail de la respiration à celui des groupes musculaires principaux.

 

  • Exercices spécifiques

Pour le tir aux armes de poing, un premier exercice permet de travailler le bras, le poignet et la position du corps. Il s'agit de se tenir droit, jambes légèrement écartées (comme au tir...) et de lever devant soi (puis sur le côté) une bouteille d'eau de 1.5L pleine.On peut alors travailler en dynamique (levée et descente rapide, en semi-dynamique (même chose mais lentement), ou en statique (tenue bras tendu). Il ne faut surtout pas chercher au début à tenir le plus longtemps possible car la douleur va se faire sentir surtout lorsque vous relâcherez vos muscles. Commencez par des séries de maintien durant 15-20s puis augmentez la durée. N'augmentez pas le poids au-delà de 3-4kg (2 bouteilles scotchées ensemble) cela pourrait induire des douleurs dorsales et n'apporte rien sauf pour de la musculation pure. Essayez plutôt par la suite de vous concentrer sur la tenue sans tremblement (comme si vous visiez...).

 

Pour le tir aux armes longues debout, l'exercice suivant aide à maîtriser la position du corps. Prenez un pack de bouteilles d'eau (6 x1.5L soit environ 9kg) dans vos bras (comme pour porter un enfant). Pensez à redresser votre corps pour garder le dos droit et si c'est trop lourd, enlevez des bouteilles). Approchez vous lentement d'un mur jusqu'à faire frôler le pack du mur. Si vous n'êtes pas bien équilibré le pack va toucher le mur avant que vous ne soyez au ras de celui-ci. Refaites la même chose mais en marche arrière (dos derrière), jusqu'à ce que votre dos frôle le mur. Demandez de l'aide à quelqu'un au début pour contrôler votre position et la distance du mur.

Pour travailler la mise à l'épaule de l'arme (montée de l'arme), vous pouvez utiliser le pack de bouteilles d'eau que vous allez mettre sur votre épaule sur laquelle l'arme s'appuie normalement. Pour cela partez d'une position où le pack est entre vos bras, devant vous, jambes et dos droits, puis envoyez-le d'un mouvement continu vers le dessus de votre épaule en plaçant la main correspondante sur le côté du pack pour lui éviter de tomber derrière vous.

 

Pour le tir aux armes longues en position couché, il faut travailler la prise de position en répétant le mouvement: se coucher à plat ventre, tendre les bras devant soi, puis placer les mains sur les côtés pour prendre appui, se redresser, se relever et recommencer. Attention, au début il faut limiter les répétitions à quelques séries de 7 ou 8 car des douleurs peuvent survenir dans les heures qui suivent.

 

Le juste équilibre

 

Les exercices et activités décrits ci-dessus ne sont bien sûr pas obligatoires, ce sont simplement des aides. En fonction de l'activité normale de chacun, il faut adapter le programme d'entraînement. Ceux qui pratiquent déjà une activité sportive  peuvent sans problème se contenter d'adapter celle-ci et la compléter par quelques éléments spécifiques. Ceux qui ne sont pas sportifs pour deux sous devront commencer doucement et ne pas chercher à suivre un programme lourd au début.

Les bénéfices lors des séances de tir se font en général sentir très vite: en quelques semaines les prises de position de tir se font plus facilement et les tremblements diminuent.

 

Un point très important concerne l'équilibre à trouver entre cet entraînement physique et l'entraînement au tir lors des séances au stand. Trop d'entraînement physique conduira à une fatigue et des douleurs parfois très "saines" mais néanmoins gênantes pour ne pas dire incompatibles avec la pratique du tir (essayez donc de tirer au pistolet avec des douleurs aux bras dues à une séance de coupe de bois la veille...). Il convient donc de trouver le bon rythme et de caler les séances de préparation à distance temporelle raisonnable de vos séance de tir. En général il faut au minimum 2 jours pour minimiser les interactions néfastes. Plus vous progresserez dans votre préparation, moins cette interaction se fera sentir.

 

 

 

 

 

 

 



16/04/2014
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